Murrines

Description de la technique
C’est sous le terme de “murrine” que sont désignés en italien les segments de “canne” ( baguettes de verre étiré ) multicolores, sectionnées dans la largeur, en petites rondelles, portant de minuscules motifs concentriques, géométriques ou figuratifs, aux contours et aux couleurs très variés, plus ou moins sophistiqués. Le terme imagé “millefiori”, “millefleurs “, désigne plus spécifiquement des fragments qui s’inspirent du vocabulaire floral, et qui ont été fréquemment utilisés par exemple pour les décors des presse-papiers et le mot “tessere” désigne des segments quadrangulaires. Les plus simples de ces baguettes sont obtenues en formant un épais rouleau de verre formé de larges bandes de deux ou trois couches de couleurs étirées, enroulées et façonnées à chaud sur le marbre au bout d’un pontil ; ce cylindre formé de couleurs superposées est ensuite réchauffé et revêtu d’un disque de verre pour donner prise à un deuxième pontil qui permet de l’étirer simultanément dans des directions opposées jusqu’au diamètre souhaité. Les plus élaborées nécessitent l’emploi de plusieurs moules aux formes diverses. Ainsi pour un motif millefiori, le verrier cueille une première paraison et la presse dans un moule conique ouvert, esquissant ainsi le noyau de la future baguette ; après l’avoir extrait, il le recouvre d’une autre couche de verre et le réintroduit dans un moule un peu plus large et légèrement différent du précédent. Il procède ainsi à plusieurs reprises, en utilisant progressivement des moules de plus en plus grands et aux profils différents. Enfin, l’ensemble est réchauffé, roulé sur le marbre, puis étiré à l’aide de deux pontils, comme cité plus haut, jusqu’à obtention d’une baguette de plusieurs mètres de long. Celle-ci sera taillée en murrhines.

Historique de la technique
Dès l’Antiquité, les verriers romains ont inventé le verre mosaïqué, composé de segments de baguettes de verre, disposés puis fusionnés sur un support et thermoformés, et ont réalisé des pièces encore aujourd’hui fascinantes. Ultérieurement, les verriers de la Renaissance italienne, tout en s’inspirant de l’aspect esthétique du verre antique mosaïqué, ont inventé vers la fin du XV° siècle une autre technique décorative. A l’instar du verre filigrané, cette technique se pratique à chaud et consiste à intégrer dans une paraison de verre transparent ou monochrome cueillée à la canne des murrhines disposées sur un support de céramique, puis à souffler l’ensemble pour lui donner une forme définitive. Dans le courant de redécouverte archéologique de la fin du XIX°, le maître Vincenzo Moretti pour la Compagnia di Venezia e Murano, remit cette technique à l’honneur vers 1878, suivi par Giuseppe Barovier. Il faut citer au XX°, dans les années 20, les chefs d’oeuvre d’Umberto Bellotto pour Artisti Barovier, avec des décors raffinés d’une brillante polychromie. Le “vetro a murrine” reste une tradition artistique inégalée des verriers vénitiens, comme en attestent ultérieurement dans les années d’après guerre les pièces d’ Ercole Barovier ou Renato Toso.

Actualité
A Venise même, des artistes comme Massimo Nordio ou Cristiano Bianchin revisitent la tradition dans des oeuvres extrêmement séduisantes et raffinées.Le japonais Yoichi Ohira, vénitien d’adoption, collabore avec le maestro muranais Carlo Tosi. Il compose lui-même ses murrines pour élaborer des pièces alliant dans leur élégante simplicité la tradition classique de Venise et l’esthétique formelle du Japon. L’américain Richard Marquis s’empare fougueusement de cette technique ancestrale avec une liberté de ton exceptionnelle et un zeste de douce folie jubilatoire.

Verriers

References bibliographiques
DORIGATO Attlia, “Murano glass Museum”, Edizioni Electa, Milano,1986 BAROVIER Marina, DORIGATO Attilia, “Il vetro di Murano alle biennali 1895-1972”, Leonardo Arte, Milano,1995 DORIGATO Attilia, KLEIN Dan, “ International New Glass”, Arsenale Editrice, Venise,1996 KLEIN Dan, “Artists in glass”,Beazley Mitchell, Londres, 2001

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