Vitrail

Description de la technique
L’art du vitrail fait appel à une technique complexe qui associe des verres, généralement peints, et des plombs. Le verre à vitrail est soufflé et parfois plaqué ou doublé pour permettre des travaux de gravure. La création d’un vitrail passe d’abord par l’exécution d’une maquette, à l’échelle de 1/10, et par le choix de la coloration d’après un nuancier de verres, opération essentielle pour le peintre verrier qui effectue ensuite un carton aux dimensions exactes du vitrail. Sur ce carton, le peintre verrier place un calque afin de relever le tracé des plombs. Ce calque est reporté grâce à un papier carbone sur un papier fort où sont mentionnés les numéros de chaque panneau et de chaque pièce, pour permettre leur repérage tout au long du travail. Pour procéder au calibrage, on découpe ensuite les contours des différentes pièces - futurs calibres- avec des ciseaux à double lame, de sorte qu’une fine languette de papier se détache, correspondant à la largeur des plombs. La coupe des pièces de verre d’après leur calibre s’effectue à l’aide d’un diamant qui ne fait qu’ entailler le verre qu’on doit détacher en tapant avec une marteline, petit marteau. Les défauts de coupe sont corrigés au grugeoir, pince plate, puis les contours sont égrisés ou limés. Si le projet de l’artiste nécessite la peinture, il faut faire une mise en plombs provisoire du panneau avec de la cire; celui-ci est placé devant une source lumineuse, verticalement, devant une fenêtre ou horizontalement sur une table transparente. Le peintre utilise essentiellement la grisaille, une poudre d’oxyde de fer ou de cuivre associée à un fondant, qui est étendue à l’eau ou au vinaigre, additionnée de gomme arabique ou d’essence grasse. Il dispose de pinceaux différents selon qu’il veut soit réaliser des traits fins, soit traiter des surfaces plus larges, “blaireauter”, soit poser des petites touches, “putoiser”. La gravure des verres doublés, qui était à l’origine faite avec de l’émeri ou des limes, est aujourd’hui créée à la roue ou à l’acide fluorhydrique. La cuisson de la grisaille, du jaune d’argent, du Jean Cousin et des émaux ( cf. définitions infra), s’opère aux alentours de 600° à température progressive et régulière. Ces étapes sont complétées par la mise en plombs qui consiste à sertir les éléments de verre dans des plombs ; ces baguettes rainurées sont constituées d’une âme rigide, et d’ailes destinées à être rabattues sur les pièces de verre avec une spatule de buis. La résille de plombs est assemblée par des soudures avec une baguette d’étain. L’étanchéité du vitrail est assurée par un mastic introduit avec un gros pinceau sous les ailes des plombs. Enfin le vitrail est encastré dans une armature métallique, composée de fers plats ou de barlotières pour être maintenu dans la baie.Des vergettes, barres de fer rondes, assurent la rigidité de chaque panneau.

Historique de la technique
Il est certes illusoire de vouloir retracer la longue histoire du vitrail et de ses techniques en quelques lignes et nous nous contenterons d’un survol. Le vitrail tire probablement ses origines de l’usage de fenêtres dans le monde antique, dès l’invention du verre plat chez les Romains, au I°siècle après J-C. On sait également que dans le monde islamique, il existait des ”claustra” utilisant des verres dans des montures décoratives, mais on ignore à quelle période le sertissage par baguettes de plomb s’est substitué aux montures de plâtre, de stuc, ou de bois puis s’est généralisé. A l’époque médiévale, le vitrail s’est imposé en Occident, dans les édifices religieux, transposant en images de verre la vie du Christ, de sa mère et des Saints, prenant une dimension monumentale pour devenir un véritable mur de lumière. Les tout premiers vestiges retrouvés à Saint Vital de Ravenne semblent dater de 540. Il faut attendre ensuite le VIII° siècle ou le IX° pour trouver d’autres fragments significatifs, mais c’est au début du XII° que le vitrail prendra réellement son essor sur les chantiers des grandes cathédrales. Le vitrail roman, quoique proche encore des arts précieux de la miniature et de l’émaillerie, a également une fonction éclairante majeure et des coloris éclatants comme le fameux bleu des verrières de Chartres (vers 1150). Les principes techniques du vitrail sont consignés dans le traité du moine rhénan Théophile, la “Schedula Diversarum Artium” qui date du premier tiers du XII° siècle, depuis la composition du verre jusqu’à la pose de la peinture et la fabrication d’une verrière. Le verre était soufflé selon le procédé du “manchon”, cylindre creux, ouvert puis aplati, ou celui de la “cive” ou “plateau”, en forme de disque. La “grisaille”, produit destiné à peindre le verre, était composée d’oxyde de cuivre ou de fer, de “fritte”-verre broyé très fin - et d’un liant- urine ou vin. Elle était posée en trois couches successives, d’épaisseur inégale, par aplats, pour créer les grands traits et le modelé ; les détails étaient traités en enlevant la grisaille encore fraîche à l’aide d’une aiguille ou d’un manche de pinceau. Le XIII° siècle est la période d’expansion du vitrail qui devient l’élément primordial de l’édifice religieux, et dont le style varie en fonction des régions, des ateliers ou même d’une personnalité novatrice. Citons Chartres reconstruite, Bourges , Notre-Dame de Paris, la Sainte Chapelle...La grande innovation technique du XIV° siècle est la “révolution” du jaune d’argent -mélange de sels d’argent et d’ocre jaune neutre- qui permet de colorer un verre blanc en jaune, d’éviter la coupe et de créer des couleurs par complémentarité. Au XV°siècle, le vitrail rivalise de plus en plus avec la peinture contemporaine et poursuit au XVI° son épanouissement ainsi que son évolution technique, avec l’utilisation de la coupe du verre au diamant, et non plus au fer rouge, un enrichissement des verres de couleur, l’emploi plus fréquent des verres plaqués et gravés, et la vulgarisation de la sanguine, dite Jean-Cousin, préparation à base d’hématite de fer, de couleur rouge, pour rendre les carnations et des émaux ou couleurs vitrifiables qui seront très utilisés du XVII° au XIX° siècle inclus. Le vitrail décline au XVII° et dès le XVIII° où” on ne veut plus rien qui puisse diminuer la lumière”, “ni dans les appartements, ni dans les églises”, et certains secrets de fabrication semblent perdus. Au début du XIX°, la redécouverte du Moyen-Age et les grandes restaurations stimulent un regain d’intérêt pour le vitrail, avec une tendance au “vitrail archéologique”.Dans la deuxième moitié du siècle,en France, Maréchal de Metz innove avec le “vitrail tableau” et en Angleterre, William Morris et ses associés donnent une impulsion décisive au vitrail religieux et civil préparant l’émergence de l’Art Nouveau. Ce sont quatre architectes européens, le catalan Antonio Gaudi, l’Ecossais Charles Rennie Mackintosh, le Français Hector Guimard et le belge Victor Horta qui redonneront au vitrail son autorité monumentale, renouvelant le répertoire décoratif et utilisant la superposition des verres, les verres américains et opalescents. En France, Jacques Gruber, l’une des figures exceptionnelles de l’Ecole de Nancy, met en oeuvre une technique sophistiquée, avec des verres superposés gravés à l’acide, des verres américains en relief, des verres dichroïques et une méthode de sertissage en plombs complexe. Aux Etats -Unis John Lafarge et Louis Comfort Tiffany inventent des verres inédits, opalescents, irisés, pressés et Tiffany crée également une méthode originale de sertissage. Dès le début du XX° sous l’influence de Franck Lloyd Wright et du Bauhaus, le style du vitrail va s’épurer pour donner lieu aux premières expériences abstraites de Theo Van Doesburg, Jean Arp et Sophie Taeuber Arp avant 1930, expériences qui ne seront renouvelées que dans les années 50. Après 1945, à la suite des destructions dues à la guerre, de vastes chantiers s’ouvrent pour le vitrail en Europe, mais il est souvent difficile de concilier la sensibilité des artistes peintres intéressés par ce medium et le conservatisme du clergé. En France le père dominicain Marie-Alain Couturier prend des positions courageuses qui vont faire sortir le vitrail de son carcan académique. Les verrières de la chapelle d’Assy, vers 1950, d’après les cartons de Georges Rouault, de Jean Bazaine, de Marc Chagall ... seront exemplaires et susciteront des initiatives novatrices, notamment l’insertion de vitraux non figuratifs dans un édifice religieux. A la suite de l’expérience première des Bréseux, le peintre Alfred Mannessier conçoit de nombreuses verrières abstraites, Henri Matisse applique sa démarche esthétique aux verrières de la Chapelle du Rosaire à Vence et Le Corbusier à Ronchamp renoue avec l’esprit des vitraux romans. Parmi tous les édifices qui ont bénéficié de cet élan créatif, citons la cathédrale de Metz, avec les verrières de Jacques Villon, de Roger Bissière et de Marc Chagall et la chapelle Saint-Dominique à Varangeville, avec celles de Georges Braque. Autour des années 60, les commandes de cartons religieux aux artistes peintres se généralisent en Europe, mais la tradition du vitrail civil s’essouffle, sauf aux Etats-Unis et surtout en Californie.

Actualité
les praticiens du vitrail collaborent toujours avec les peintres parmi lesquels il faut signaler Pierre Soulages à Conques, Jean-Pierre Raynaud à Noirlac et Claude Viallat à Aigues-Mortes.

Verriers
Tous les jeunes talents issus du cerfav, dans la page "vitrail d'idverre

References bibliographiques
GRODECKI Louis, “Le Vitrail Roman”, Office du Livre, Fribourg, 1977 GRODECKI Louis , BRISAC Catherine, “ Le Vitrail Gothique”, Office du Livre, Fribourg, 1984 “Le Vitrail en Lorraine”, Inventaire général des monuments et richesses artistiques de la France, Catalogue d’exposition, Nancy, 1983 BRISAC Catherine, “Le Vitrail”, Editions de la Martinière, Paris, 1994 BLONDEL Nicole, “Le Vitrail , Vocabulaire typologique et technique”, Imprimerie Nationale, Paris, 1993

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