Apprentissage - Apprenti'sphère
Voici un texte envoyé par Florence Lemoine, ex-apprentie et Compagnon Verrier Européen au CERFAV, un témoignage sincère et amusant sous forme de poème en prose.

"Apprentie", par Florence Lemoine

Sceau, cannes, mailloches, fusion, apport, pontil, pincette, amolise, sofiette.

Trop froid ! Trop froid ! Pas assez de verre ! Allez cueille !

Au poste tous les matins ! L’apprentie regarde, tente, aide puis apprend.

A la verrerie de Eze, on faisait de tout. Des pièces soufflées, des pièces sculptées à la canne, des verres à pied, des lampes, des vases. Des techniques vénitiennes, françaises, suédoises… de la ballotte, de la poudre. On travaillait fin puis épais.

Apprenti, on est là. On fait parti de l’atelier, on prend conscience du monde du travail, des difficultés commerciales, des besoins de productivité.

Le verre ce n’est pas seulement faire un beau vase, une belle pièce.

C’est aussi, pour qui ? Comment ? En combien de temps ? Combien ça coûte ? Et qu’est-ce qu’on gagne ?!

Allez souffle, souffle ! Tranche ! Souffle ! Tranche ! Va réchauffer tu vas abîmer les outils!

Allez daï daï !

Et puis 15 jours à vannes le châtel…le repos du guerrier. Tu finis la journée a 16 h, pas croyable !

Quand on est apprenti, on y voit des gens qui ont de la chance, qui sont là tout le temps, les compagnons. Tous les outils en main, tout a disposition.

Tu veux du verre, voila du verre. Tu veux tailler ta pièce ? Va chez Ali, y a tout ce qui faut ! Tu veux sabler ? Tu peux y aller, c’est pas une sableuse, c’est une maison !

Ça ouvre d’autres horizons. Il y a une vie sortie de l’atelier de Eze où t’as le droit de faire une pièce pour toi tous les quinze jours…

Le verre on peut aussi le voir comme ça, en Grand.

Mais les plus chanceux, ce ne sont ni les compagnons, ni les apprentis. Ce sont ceux qui aiment le verre, vraiment. Ceux qui le respectent, qui se projètent et qui s’en sortent.

Florence Lemoine


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