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Saint-Louis, une industrie d'art.
Les modèles "fantaisie" 1900-1930
Caroline Masson, mémoire de maîtrise d'histoire de l'art 2004-2005 - Mis en ligne : septembre 2006
Sommaire
1 - LES ÉTAPES IMPORTANTES DE LA MANUFACTURE DE 1586 à 1900
- Du vallon de Müntzthal à Saint-Louis
- L’origine
- Saint-Louis, “Verrerie Royale"
- Conscience de l’importance des modèles et des décors
- 1860 : L’introduction d’atelier de peinture, de dessin et de décor au sein de l’entreprise
- Influence de l’Art Nouveau
- 1885 : Début de la gravure chimique à Saint-Louis -
- Ouverture vers de nouveaux décors
2 - LES PIECES “FANTAISIE” À SAINT-LOUIS : 1900-1930
- Le contexte Art Nouveau
- Paul Nicolas, collaborateur d’Émile Gallé
- Les signatures et les décorateurs de Saint-Louis
- La signature "d’Argental"
- Nicolas et Mercier, décorateurs indépendants
- Joseph Bleichner, décorateur interne à la manufacture
3 - ÉTUDES DE CAS ET CORPUS
- Études de cas
- Le vase Bignonia
4 - CONCLUSION
5 - BIBLIOGRAPHIE
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Introduction
Pourquoi étudier en particulier les modèles "fantaisie" de style Art Nouveau de Saint-Louis ?
Il est inutile de rappeler que les capitales de l’Art Nouveau étaient Nancy avec Gallé, et Paris avec Guimard. Aujourd’hui l’Art Nouveau est toujours présent à Nancy et de façon très visible notamment par l’architecture, le musée des Beaux-Arts de Nancy sur la place Stanislas récemment rénovée, et le Musée de l’École de Nancy.
De nombreux ouvrages sur l’histoire de la cristallerie de Saint-Louis ont été édités, dont de très remarquables tels que celui d’Adolphe Marcus, Les verriers du Comté de Bitche, et de Gérard Ingold, Saint-Louis : De l’art du verre à l’art du cristal de 1586 à nos jours. Tous deux sont d’anciens directeurs de la manufacture. Peu d’auteurs se sont interrogés sur les modèles "fantaisie" de Saint-Louis, signés "d’Argental". Ils ne consacrent à ces modèles que quelques paragraphes où au mieux quelques pages. De plus, ils s’attachent majoritairement à l’esthétique de l’objet sans étudier la périphérie de celui-ci. Finalement, aucun ouvrage n’est consacré entièrement à ce sujet. Nous ne trouvons alors que des bribes d’informations en passant d’un ouvrage à l’autre. L’ouvrage qui étudie le mieux cette période et cette collection d’articles "fantaisie" est celui de Joseph Mégly, Au pays des verriers autour de Saint-Louis en Lorraine, édité à Sarreguemines. Pour nous, c’est cet ouvrage qui est le plus proche de la réalité industrielle et verrière de cette région, puisque Mégly était dessinateur-décorateur à Saint-Louis.
Étant donné la pauvreté des recherches sur le sujet des articles "fantaisie" de Saint-Louis-lès-Bitche, ce mémoire est écrit dans le but de combler de nombreuses lacunes. Il éclairera sur la vie sociale entre 1900 et 1930, sur les salaires, sur les coûts des matériaux, les clients, etc. On a tendance à croire que les américains étaient de bons clients pour ces produits. Ils sont effectivement d’excellents clients, mais pour l’ensemble de la production de Saint-Louis et non pour les articles qui serons étudiés dans ce mémoire. Ces recherches révèleront, avec l’appui des documents d’archives, les réels clients de ces objets particuliers. Il y a en effet quelques fausses idées et lacunes en ce qui concerne la périphérie de ces productions. Dans les quelques ouvrages qui étudient le sujet, le nom de Paul Nicolas, ancien apprenti et collaborateur d’Émile Gallé, apparaît systématiquement. Cependant, en étudiant plus en profondeur et en observant l’ensemble des modèles et dessins, on constate qu’effectivement Paul Nicolas a produit des décorations pour Saint-Louis, mais qu’il n’est pas le principal créateur de modèles pour cette cristallerie. En effet, la plupart des modèles des années 1920 ne sont pas de Paul Nicolas. Ce mémoire fera ressortir quelques noms oubliés jusqu’à présent par les différents auteurs.
On comprendra également que la période Art Nouveau à Saint-Louis est en décalage par rapport au mouvement Art Nouveau de Nancy, puisque ce dernier débute en 1885 et s’étend jusqu’en 1900. Saint-Louis répond alors aux goûts et à la demande de ses différents clients. La manufacture n’innove pas, mais produits des objets de qualité dans le style Art Nouveau tant que la demande existe. Le mémoire révèlera que la période où la demande est la plus forte se situe dans les années 1920.
Avant d’étudier les articles Art Nouveau de Saint-Louis de 1900 à 1930, il faut d’abord faire un bref retour en arrière sur le verre en France au XIXème siècle, puis sur les verreries lorraines. Au XVIème siècle le réseau des verreries françaises se concentre surtout à Rouen, à Orléans et à Paris. Louis XIV estime cette nouvelle forme d’artisanat, et l’encourage. À la fin du XVIIème siècle, les verreries se sont développées un peu partout en France, dont les plus actives se trouvent être celles de Lorraine, Normandie et Montpellier spécialisé dans le flaconnage. La suprématie de Venise se voit alors de plus en plus menacée par les verreries de France. Colbert, sous Louis XIV, attire à Paris le plus grand nombre possible de maîtres verriers venant de Murano. Ces derniers amènent alors avec eux tout leur savoir-faire verrier qu’ils vont transmettre aux verriers français.
Le verre en France connaît son apogée au début du XIXème siècle, avec des productions de plus en plus raffinées, taillées et décorées d’or. En effet, les décors à l’or fin se sont développés pendant ce siècle. De plus, les verreries et cristalleries françaises se font de plus en plus remarquer lors des Expositions Universelles, notamment à celles de 1855 et 1867, à Paris. Les jurys notent que la qualité des cristaux français atteint et dépasse même celle des anglais, et que les décorations, parfois doublées en couleurs, sont de plus en plus fines et précieuses. C’est à ce moment que ces produits deviennent plus des articles de luxe destinés à une clientèle de plus en plus prestigieuse. C’est au début de ce siècle, qu’une conception nouvelle et moderne arrive et se développe rapidement. Un retour aux modes de Murano se fait sentir, en particulier en ce qui concerne les presse-papiers de millefiori. Saint-Louis va être le premier, en 1845 à en produire un de qualité et à le présenter. En France, trois verreries se spécialisent dans ce domaine : Saint-Louis, Baccarat et Clichy. Les presse-papiers leur permettent alors une extrême liberté, et elles vont en produire dans différents styles, avec des décors naturalistes, fantaisistes, avec des animaux, végétaux, etc. Mais ce produit va perdre très vite de son originalité, car les cristalleries vont avoir du mal à se renouveler dans ce domaine.
Les archéologues pensent que la tradition verrière de l’Est de la France remonte au IIIème siècle. En effet, ils ont retrouvé des pièces gallo-romaines à proximité de Sarrebourg. La Lorraine est depuis longtemps une terre d’industrie. Mais dans l’Est de la France, c’est surtout à partir de la fin du XVIIIème siècle et la première moitié du XIXème siècle que se développent les verreries et cristalleries, telles que celles de la Plaine-de-Walsch, de Vallerysthal, Saint-Louis et Baccarat. Le savoir-faire devient de plus en plus riche et raffiné par les décorations et les productions de luxe. Ce sont Saint-Louis et Baccarat qui sont les premiers à maîtriser, et de façon remarquable, les cristaux de couleurs, les doublés rendus possibles par l’association de chimistes avec les manufactures.
Les décors en Lorraine se développent rapidement à partir du moment où Émile Gallé met au point la technique des émaux durs et épais sur verre, puis la gravure à l’acide. Cette période est un virage décisif dans l’art verrier en France. On connaît le succès des pièces en verre de l’École de Nancy, avec par la suite le développement des pièces en pâte de verre des frères Daum. Depuis cette époque de l’Art Nouveau, les verreries et cristalleries de Lorraine se sont essoufflées, et n’ont rien produit de vraiment nouveau. La Maison Daum, au début du XXème siècle a essayé de se refaire une réputation en produisant des pièces à édition limitée, en collaboration avec des artistes tels que Salvador Dali, Jean Cocteau, ou encore plus récemment, César, puis Philippe Stark. La manufacture se propose alors comme éditeur d’art, pour objets d’art en pâte de verre. Cependant, cette idée n’eu pas les succès désiré par la maison Daum. Certaines manufactures ont éteint leurs fours définitivement, telle que celle de Meisenthal en 1969. Celles qui subsistent aujourd’hui sont essentiellement celles de Baccarat et saint-Louis. Mais il faut savoir que si les Cristalleries de Saint-Louis n’avaient pas été rachetées par la maison Hermès, possédant également la marque de luxe Ercuis, les fours de la manufacture seraient probablement éteints aujourd’hui.
L’étude des articles "fantaisies" de Saint-Louis est introduite dans ce mémoire, par un bref rappel des moments importants de la manufacture depuis sa fondation en 1586 jusqu’en 1900. Suivra l’étude des années 1900 à 1930, sur la vie sociale des salariés, les coûts des matériaux, quelques prix des bruts et des produits finis, les concurrents sur le terrain de l’Art Nouveau, les décorateurs et les différentes signatures. Pour finir sur deux études de cas ; étude des formes, puis étude d’un vase caractéristique de la production, ainsi que l’établissement d’un corpus sommaire des modèles d’Argental ou gravures artistiques.
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