TransLucide : la promo 13
Découvrez la dernière promotion des Compagnons Européens Verriers, la treizième formée au CERFAV, à travers l'exposition de leurs oeuvres : "TransLucide"
Chaque année c’est ainsi.

Notre rôle d’école est de former, de stimuler, de critiquer, d’aider, de consolider
et encore d’évaluer les travaux de nos élèves.

Les réalisations présentées sont le fruit de ce travail intense mené durant 2 années et qui conduit une équipe pédagogique à porter un regard sans concession, critique et impartial, parfois rigide ou dur pour que chacune et chacun des élèves évoluent.

Viennent ensuite les résultats de ce travail par l’exposition au public.
A ce moment-là, ne comptez plus sur les formateurs ni l’ensemble du CERFAV
ni sur moi-même en particulier pour être objectifs. Ces travaux, ces créations deviennent aussi notre fait et nous en venons à nous les approprier et à les défendre ardemment, rangés à présent derrière les élèves.

A chaque spectateur maintenant de se faire son idée, de s’ouvrir aux expressions
nuancées de ces personnes et artistes en devenir par le matériau verre.

Une exposition dans le cloître Saint-Clément, siège du Conseil Régional
est une marque de reconnaissance et de soutien de la part du Président de la Région Lorraine, M. Masseret, pour que le petit monde du verre et les nouvelles générations de verriers issues du CERFAV sachent combien la Lorraine est Terre de Verres.

Merci à toutes et tous

Denis Garcia
Directeur du CERFAV.

Terre de traditions, la Lorraine veille à entretenir et à renouveler ses savoir-faire verriers. Le CERFAV (Centre Européen de Recherches et de Formation aux Arts Verriers) de Vannes-le-Châtel offre des formations uniques dans l’apprentissage des métiers du verre. L’expertise, la qualité des enseignements et le travail sur
la créativité qui le caractérisent justifient une reconnaissance devenue peu à peu internationale.

Aussi c’est avec plaisir que j’accueille les 12 jeunes talents de la 13ème session de formation de Compagnon Verrier Européen du CERFAV. Après un parcours de formation de 2 ans, vous avez choisi l’Hôtel de Région pour exposer vos œuvres qui composent l’exposition transLUCIDE.

Vous avez choisi la Lorraine et le CERFAV pour apprendre à dominer les très nombreuses et difficiles techniques de l’art verrier. Vos prédécesseurs, souvent venus de loin, sont aujourd’hui nombreux à être reconnus dans le milieu de l’art verrier. Comme vous, ils contribuent, et je les en remercie, à promouvoir les savoir-faire verriers de notre Région.

En recevant le 12 juillet 2006 votre titre de “Compagnon Verrier Européen”, vous atteignez une première étape et vous nous démontrez par vos créations la passion du travail d’exception qui vous anime.

Je suis convaincu que les visiteurs seront nombreux à venir à l’Hôtel de Région découvrir et apprécier vos œuvres. Nous vous remercions pour cette contribution à l’image d’une Lorraine créative, fière de ses traditions mais résolument ouverte sur l’extérieur.

Jean-Pierre Masseret

Président du Conseil Régional de Lorraine
Sénateur de la Moselle

Balbutiements. Casse. Recasse. Contre-casse. Bisque. Troue. Rage. Pas comme ça. Précise ! Du sens ! De la logique. Contrôle toi. Creuse ! Du sens ! Refais ! Pas bon. Pas mal. Ne l’aborderait on pas sous un autre angle ? On verra. Et la technique ? Et le discours ? Échecs, petites réussites rassurantes, désarroi, recherche. Artisan ou artiste ? Bref, tous au son de la même cloche : ça réfléchit, ça repique, se réfère, invente, sans savoir où, clairement. Ça produit aussi ce qu’on critique. Tout ça c’est passionné, ça râle après l’école, normal, après certaines conceptions préétablies, convenues, trop attendues. Ça bouillonne et ça prend acte d’un changement en cours dont on ne sait pas s’il s’agit d’une petite évolution ou d’une mutation considérable. En tous les cas, ça cherche et puis ça se veut troubler certains usages du verre.

Pas si simple d’aborder une exposition de fin d’études. Beaucoup de choses à dire sur une exposition de “groupe” et encore plus lorsqu’il s’agit d’une “promotion” se livrant à l’expérience d’un exercice qui clôt une période, la conclut, et qui en même temps ouvre sur le futur. Beaucoup de paramètres entrent en jeu pour cet enjeu. Car il y enjeu pour tous les acteurs gravitant autour de cette exposition. Pas les mêmes attentes, pour les élèves, entre eux, pour les enseignants, pour l’équipe pédagogique. Le poids est tout simplement énorme. Et, je suppose, on n’attend pas seulement des encouragements, des poignées de mains et des sourires. Alors jetons la pierre dans l’eau et observons les cercles concentriques qui se forment et pourquoi pas leur nature.

Donc un exercice en forme d’exposition et une exposition en forme de passage “rituel”. Où l’on sort d’un monde pour pénétrer dans un autre, plus inconnu, la vie professionnelle, avec quelques simples armes pas tout à fait encore opérationnelles, ou plutôt dont on ne peut repérer tout à fait “l’opérationnalité”, tant les critères et les données qui les attendent ensuite sont complexes. Il faut insister sur ce fait. Et le goulot est étroit !

Pour les élèves, c’est un peu un duel entre les désirs individuels de création, les propositions personnelles, l’affirmation d’une pensée, et la nécessité de répondre à des règles du jeu (une création, un produit). A la fois en phase de fin de formation, à la fois engagés dans la création, diversement. Mais davantage, restant à l’écoute de leurs confidences lorsqu’ils me présentaient leur travail en cours de réalisation, ce que je retiens, c’est la volonté d’assumer un projet, d’en parler en terme de création, et sans illusion sur sa valeur. C’est, je crois, ce qui m’a le plus intéressé et donné le plus de plaisir.

En tant que projets, puisque je ne les ai vues que sous cette forme, les propositions possédaient toutes un intérêt certain. De bonnes idées, de bonnes intentions, des recherches étonnantes, parfois amusantes, parfois sérieuses, référencées, parfois plus phénoménologiques, parfois plus pragmatiques. Un véritable laboratoire d’expérimentations où l’usage du verre est abordé dans ses multiples possibles. La matière, le geste, la technique, la forme, le décor, le symbole, le signe, la mémoire, l’empreinte, la posture du créateur, l’objet, la sculpture. Mais toujours des histoires. Alors ici on joue avec nos perceptions, là avec nos émotions, là avec nos codes socioculturels et historiques, ici avec les mathématiques transcrites formellement puis plastiquement, ici on traite des mythologies personnelles, là bas de fiction ou du rapport au réel, on hybride les styles, les matières, on travaille sur le corps, l’effet du corps sur les esprits, on procède à des rencontres, etc.

Partout on questionne le verre, ce qu’il peut produire, ce en quoi son utilisation est légitime, et la destination de la chose créée. Et même plus, on l’associe à d’autres matières pour lui faire dire plus encore. Bref, la création est en cours et on s’y emploie avec une certaine passion, compte tenu des parcours individuels.

Quant à la place de ces propositions dans “l’art du verre”, ou dans l’art au sens le plus élargi ? C’est une autre question. Quant à confronter cette exposition à la réalité d’un domaine ? C’est ce qu’il y a de plus difficile. Quant à parler de la qualité des pièces produites, quels critères pour en juger ? Tentatives ou aboutissements ? La question n’est pas l’aboutissement de l’œuvre mais sa logique dans ce qui constitue (au demeurant) un travail d’école. Il faudra certainement réadapter, se situer, fouiller, creuser, réorienter les tirs lorsqu’on destinera les productions à tel ou tel usage. Je ne cacherais pas qu’il reste du travail, quoi de plus normal ? Mais ce n’est peut être ni le lieu ni le moment pour en parler. Il s’agit avant tout d’encourager à réfléchir et à confronter ses idées avec les différents terrains de jeu. Nul ne sait encore qui fera “oeuvre”, ni ce qui adviendra de leur plongée dans la vie “professionnelle”. Des encouragements, alors, mais avec un doigt posé sur la réalité.

Mais ce qui m’intéresse, à titre personnel, et qui rejoint je crois les attentes d’une majorité de personnes, c’est ce que le verre est en train de vivre, ou continue de vivre, au travers des expériences de ces élèves, entre autres, malgré les imperfections. C’est-à-dire que ce médium, on le dit depuis des années, et de nombreuses expériences l’avaient déjà mis en évidence, n’est pas simplement une fin en soi mais un moyen propice à la mise en lumière d’une expression. C’est à cet endroit que l’on se situe. Il est depuis quelques temps lancé sur la piste du décloisonnement entre les disciplines, bon an, mal an, mais il est lancé. Et de multiples inventions de leurs aînés ou de leurs “presque pairs”, qu’il ne faut jamais oublier d’étudier et d’analyser, nous le montrent. Hein ? Oui, oui, un médium qui engage une certaine maîtrise de ses caractéristiques physico-chimiques, certes, et la maîtrise de contingences matérielles et économiques qu’il faut s’approprier pour les dépasser - c’est pour cela qu’on apprend à le manipuler dans des lieux spécifiques - mais un médium qui avant toute chose constitue un formidable outil “paralinguistique” qui se distingue peu à peu de certaines conventions. En effet, ce que cette exposition traduit, en filigrane, comme résultat d’une entreprise pédagogique et artistique, c’est une volonté de changement d’attitude (encore) dans le rapport au verre, implicitement ou explicitement. Je ne sais pas s’ils réussissent, je dis juste qu’ils en ont le désir, la volonté et qu’ils l’affirment, en tous les cas on ne peut que les encourager, quitte à ce que cet encouragement n’apparaisse comme conventionnel ou surfait.

Manuel Fadat

J’ai eu l’occasion de croiser ces jeunes verriers dans mon atelier mécanique tout au long des deux dernières années. Il ne se passe pas une journée sans qu’un d’entre eux soit en demande de conseils, d’aide, afin de mettre en scène son travail.
Porter un jugement sur la démarche artistique ou la technique n’est pas de mes compétences. Ce qui est certain c’est que je viens encore de travailler avec un grand plaisir pour une équipe de passionnés qui ne me laisse pas en paix 5 minutes.
A quelques heures de l’exposition finale, mon atelier est devenu une véritable ruche, aussi dans une telle ambiance, je ne peux que leur souhaiter “bon vent” !

Hervé Meny


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