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Le secteur verre et cristal, crises récurrentes et nécessaires adaptations

Véronique Brumm


- Une succession de modes et de foyers importants
- Le verre aussi connaît sa révolution industrielle
- Une règle d’or : s’adapter ou disparaître
- Des solutions pour résoudre la crise

- Des amulettes aux vitraux : une diversification des productions
- Une succession de modes et de foyers de production importants
- Une règle d’or : s’adapter ou disparaître
- Le verre aussi connaît sa révolution industrielle
- La pluralité des initiateurs de la patrimonialisation
- Les valeurs nouvelles associées à l’industrie du verre et du cristal
- Bibliographie
- Glossaire




Une succession de modes et de foyers importants
La question de l’origine du verre reste depuis longtemps posée. Sa découverte est-elle l’œuvre de céramistes ou de métallurgistes ? A-t-elle eu lieu en Egypte, en Mésopotamie ou en Syrie ? Aucune réponse certaine ne peut être avancée. Les premiers verres connus sont toutefois datés des environs de 3500 avant J.C. Il s’agit principalement de baguettes, scarabées et autres amulettes.

Dès l’Antiquité, deux périodes charnières sont à mentionner : la première, aux environs de 1500 avant J.C., au cours de laquelle on commence à fabriquer des objets creux en verre, principalement des bols et des flacons ; la seconde, au début de l’ère chrétienne, avec l’invention de la technique du verre soufflé qui permettra la fabrication en grandes séries. Le verre, considéré jusque là comme un luxe, peut être vendu à un prix plus abordable et sa diffusion atteindre une clientèle plus variée. Ces deux innovations permettent à l’artisanat verrier de se développer et d’essaimer, d’abord autour du bassin méditerranéen puis dans l’Empire romain.

Si le Moyen Age est surtout connu pour ses vitraux, la gobeleterie continue néanmoins de se développer. Les techniques se perfectionnent et les styles évoluent. C’est ainsi qu’au milieu du XVe siècle, à Venise, est mis au point un verre à l’éclat particulier : le cristallo. Il est caractérisé par sa légèreté et sa fragilité. La ligne et la silhouette priment sur la masse et le volume. En outre, il est souvent orné de fins décors : gravure à la pointe de diamant, émaillage ou décor à l’or. Le verre calcédonien, le lattimo, les reticelli ou encore les millefiori sont également particulièrement recherchés. Tout au long des XVIe et XVIIe siècles, le verre de Venise, véritable produit de luxe, est imité, aussi bien dans le Sud que dans le Nord de l’Europe.

A la fin du XVIIe et au XVIIIe siècles, la Bohême supplante Venise au sommet de la hiérarchie des préférences avec un verre plus épais permettant une taille et une gravure plus profondes. Autre foyer ayant donné une nouvelle impulsion à l’art verrier : l’Angleterre où Georges Ravenscroft met au point, vers 1674, ce que nous appelons aujourd’hui cristal, grâce à l’adjonction d’oxyde de plomb aux matières premières. L’augmentation de sa proportion dans le mélange permet de parfaire le produit que l’on cherche, lui aussi, partout à imiter. La France y parvient à la veille de la Révolution. En 1782 en effet, l’Académie royale des Sciences reconnaît les Verreries royales de Saint-Louis comme étant les premières sur le continent à produire un cristal de qualité comparable à celui d’Angleterre.

Le verre aussi connaît sa révolution industrielle
Le XIXe siècle, siècle de la révolution industrielle, marque l’industrie du verre par l’importance des progrès techniques. Désormais chaque jour apporte son lot d’inventions nouvelles. La productivité augmente considérablement, et ce, dans tous les secteurs. Ainsi, les brevets d’invention pour des machines à fabriquer des bouteilles se multiplient-ils. Dans le domaine du verre plat, le soufflage à l’air comprimé remplace le souffle du verrier pour former les manchons, ce qui constitue une avancée considérable. Cette technique est toutefois rapidement supplantée par un autre procédé consistant à étirer le verre fondu en feuilles.

La gobeleterie, quant à elle, profite non seulement du perfectionnement des fours, mais également du développement de la technique du pressage, de la mise au point de la machine à décalotter, de la gravure à l’acide… Si cette période peut être considérée comme un âge d’or pour la verrerie-cristallerie, les entreprises doivent toutefois continuer de s’adapter sans cesse aux progrès techniques et faire preuve de créativité si elles veulent rester compétitives face à la concurrence qui fait rage. Les modes se succèdent rapidement, telles celles de la verrerie fantaisie teintée dans la masse aux décors peints ou dorés, de la gobeleterie colorée à deux ou plusieurs couches. Filigranes et millefiori connaîtront également un vif succès, tout comme les opalines et les presse-papiers.

Par ailleurs, les Expositions des Produits de l’Industrie et les Expositions universelles, qui naissent et se développent à cette époque, offrent aux verreries et cristalleries l’opportunité de se mettre en scène. Si les productions, dont la diversité, la beauté du décor ou le caractère monumental sont soulignés, occupent une place de choix, les techniques de fabrication sont également abordées - avec déjà des démonstrations - de même que des questions d’ordre plus économique ou social.

Une règle d’or : s’adapter ou disparaître
Faire face
Tout au long du XXe siècle, les innovations en matière de chimie vont conférer au verre des propriétés particulières, permettant la diversification de ses domaines d’emploi. La mécanisation sévit dans toutes les branches, y compris celle de la gobeleterie, longtemps demeurée manuelle, portant naturellement un coup dur à l’emploi. En outre, l’industrie du verre et du cristal doit faire face tant à des problèmes d’ordre conjoncturel que structurel : Première et surtout Seconde guerre mondiale, krach boursier de 1929, contrecoups du choc pétrolier, évolution des habitudes d’achat dans le domaine des produits de luxe, recul de la part représentée par les Arts de la Table dans les listes de mariage…

Des solutions pour résoudre la crise
Comme par le passé, les entreprises ne faisant pas preuve d’adaptabilité sont condamnées à disparaître. Elles doivent avant tout tenir compte des progrès techniques, même dans les secteurs conservant le label soufflé bouche – fait main, et acquérir de nouvelles machines. Toute la difficulté réside dans la nécessité de trouver un juste équilibre entre cette tendance à la mécanisation et la préservation du caractère artisanal, présenté comme gage de qualité.

L’appartenance à de grands groupes assure une sécurité financière et permet des investissements qui, sinon, ne pourraient être réalisés. En France par exemple, Baccarat est liée au groupe et à la famille Taittinger, dont le nom est associé au Champagne, mais dont l’essentiel du chiffre d’affaires vient de sa participation majoritaire dans la Société du Louvre, Saint-Louis est associé au groupe Hermès, Lalique est sous la houlette de Pochet, spécialiste du flaconnage, les Cristalleries Royales de Champagne sont passées sous le contrôle du groupe Regaluxe Investment, tandis que Daum a été cédé par la Sagem à l’orfèvre Tétard 1860 associé à l’assureur Axa et au Crédit Agricole.

La création se voit également accorder une attention particulière. La période Art nouveau joue un rôle décisif, les créations d’artistes, tels que Gallé, Daum ou encore Tiffany, apportant un souffle nouveau à l’art verrier. A partir de ce moment là, de plus en plus nombreuses sont les entreprises à faire appel à des artistes comme directeurs artistiques ou, plus ponctuellement, pour concevoir des lignes nouvelles. Ainsi, depuis les années 1970, des artistes aussi variés que Roberto Sambonet, Van Day Truex, Matei Negréanu, Yan Zoritchak, François-Xavier Lalanne et Andrée Putman, ont signé des créations pour Baccarat. Chez Daum, des collaborations avec Dali, César, Dimitrienko, Lhoste, Paloma Picasso, mais aussi, plus récemment, avec Hilton Mc Conico, Philippe Stark, Elisabeth Garouste et Mattia Bonetti, sont à souligner.

Par ailleurs, de gros efforts sont faits dans le domaine de la distribution, tant à l’étranger – la part du chiffre d’affaires à l’exportation est particulièrement importante, surtout pour les grosses entreprises – qu’au niveau national avec l’aménagement de boutiques mais également d’espaces dans les grands magasins dont l’objectif est de toucher de nouvelles couches de consommateurs. On assiste donc à de véritables mises en scène destinées à transmettre une image, à faire rêver.

En outre, à côté de la communication et du marketing traditionnels, une nouvelle voie est explorée, ou plutôt remise au goût du jour : la mise en exposition. A partir des années 1950-1960 en effet, les équipements de valorisation du patrimoine verrier et cristallier commencent à se multiplier. Les formes qu’ils prennent sont variées. Le musée demeure toutefois la forme la plus courante. Parmi eux citons le musée du Cristal à Baccarat, la maison du Verre et du Cristal à Meisenthal, l’atelier-musée du Verre de Trélon, le musée du Verre de Sars-Porteries, le musée Cutius à Liège, le Westfälisches Industriemuseum-Glashütte Gernheim, le Museum für Glaskunst à Lauscha… D’autres équipements sont plus proches des centres d’interprétation. Il en va ainsi de la Glasi Hergiswil en Suisse ou du parcours-spectacle du Val Saint-Lambert en Belgique. Les entreprises ouvrant leurs portes au public sont également de plus en plus nombreuses. Si la Verrerie de Biot a été précurseur en la matière, elle a été rejointe dans cette logique par la cristallerie de Hartzwiller, la Verrerie de La Rochère, la Verrerie de Portieux et la Verrerie-Cristallerie d’Arques, pour ne citer que quelques exemples. Les centres de création et de formation jouent quant à eux un rôle décisif au niveau de la préservation et de la transmission des savoir-faire, qui constituent, eux aussi, des éléments patrimoniaux. Parmi les expériences les plus intéressantes : le C.E.R.F.A.V. (Centre européen de Recherche et de Formation aux Arts verriers) à Vannes-le-Châtel et le C.I.A.V. (Centre international d’Art verrier) à Meisenthal. Si les industriels peuvent être considérés comme les initiateurs de la patrimonialisation du secteur verre et cristal et qu’ils jouent toujours un rôle fondamental, ils ne sont plus les seuls, les collectivités territoriales et les associations, ayant, elles aussi, bien compris l’atout que cela représente en termes identitaire, cognitif, économique

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