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Le secteur verre et cristal, crises récurrentes et nécessaires adaptations
Véronique Brumm
- Une succession de modes et de foyers importants
- Le verre aussi connaît sa révolution industrielle
- Une règle d’or : s’adapter ou disparaître
- Des solutions pour résoudre la crise
- Des amulettes aux vitraux : une diversification des productions
- Une succession de modes et de foyers de production importants
- Une règle d’or : s’adapter ou disparaître
- Le verre aussi connaît sa révolution industrielle
- La pluralité des initiateurs de la patrimonialisation
- Les valeurs nouvelles associées à l’industrie du verre et du cristal
- Bibliographie
- Glossaire
Une succession de modes et de foyers de production importants
Venise
A Venise, l’art du verre se développe tout au long du Moyen Age. Le 8 novembre 1291, une loi ordonne le transfert des ateliers sur l’île de Murano pour des raisons d’hygiène - la fumée des fours pollue -, de sécurité - risques d’incendie - et de surveillance. Jalouse de ses secrets de fabrication, la République menace de châtiments sévères ceux qui tenteraient de les divulguer. A la chute de Byzance, nombre d’artistes et d’artisans s’y réfugient venant compléter ce potentiel déjà important. Selon la légende, en 1463, un verrier du nom de Beraverio aurait mis au point un verre à l’éclat particulier, le cristallo. Il est caractérisé par sa légèreté et sa fragilité. La ligne et la silhouette priment sur la masse et le volume. En outre, il est souvent orné de fins décors : gravure à la pointe de diamant, émaillage ou décor à l’or. Le verre calcédonien, le lattimo, les reticelli ou encore les millefiori sont également particulièrement recherchés.
Tout au long des XVIe et XVIIe siècles (Richet, 2000 : 74-75 ; Rosé, 1980 : 28-31 ; Barois & Mouclier, 1994 : 42-47), le verre de Venise, véritable produit de luxe, est imité aussi bien dans le Sud de l’Europe, et en particulier en Espagne - comme en témoignent tant les verreries émaillées de Barcelone du XVIe siècle que les objets à crête, à gros filigranes ou autres applications très accentuées (Barrelet, 1995 : 489) - que dans le Nord, avec, entre autres, les Provinces Unies qui doivent leur renommée à l’excellence d’une pléiade de graveurs au diamant.
En France, au XIVe et pendant la première moitié du XVe siècle, les grands du royaume cherchent à stimuler cette industrie allant jusqu’à accorder aux verriers la noblesse et les privilèges qui y sont liés (Rosé, 1980 : 35-38). Autres méthodes d’encouragement : la création du premier atelier royal à Saint-Germain par Henri II et les initiatives prises par Henri III et Henri IV pour faire venir en France des verriers de la petite ville italienne d’Altare, verriers qui s’établissent principalement à Melun, Lyon et Nevers, puis, de là, essaiment vers le Poitou, la Normandie, la Picardie et la Lorraine (Grand dictionnaire encyclopédique Larousse : 10719). Plus tard, en 1665, sous l’impulsion de Colbert qui réussit à débaucher des miroitiers vénitiens, une manufacture royale de glaces est créée au Faubourg Saint-Antoine, manufacture qui s’installera en 1693 en forêt de Saint-Gobain (Rosé, 1980 : 38-41 ; Richet, 2000 : 77-78).
Bohême
A partir de la fin du XVIIe et au XVIIIe siècles, la Bohême supplante Venise au sommet de la hiérarchie des préférences avec un verre plus épais permettant une taille et une gravure plus profondes (Barois & Mouclier, 1994 : 68-74 ; Barrelet, 1973 : 722 ; Rosé, 1980 : 43-47). L’art du verre s’était développé dans la région à partir du XIVe siècle. Principales productions : un type de gobelet vert, à appendices, qui donnera le Roemer, verre à vin du Rhin classique, ainsi que d’autres verres décorés de façon analogue : pastillages, cabochons en forme d’épines ou à grains, cordons pincés, pieds ciselés, tels les Vidercomes, les Passglas ou autres Pokals. Par ailleurs, les villes de Nuremberg et de Prague, très ouvertes aux influences étrangères, principalement italiennes, sont réputées pour la richesse de leurs activités artistiques grâce à des ateliers de peintres et de graveurs célèbres dans la première, à la gravure sur cristal de roche, sur pierres fines et déjà sur verre pour la seconde (Barrelet, 1995 : 489 ; Rosé, 1980 : 44).
Cristal
Autre foyer ayant donné une nouvelle impulsion à l’art verrier : l’Angleterre. En 1615, Jacques Ier prohibe l’utilisation du bois comme combustible en raison de la déforestation et impose son remplacement par un chauffage à la houille (Janneau, 1942 : 104). Des creusets fermés étant utilisés afin d’éviter que la fumée ne donne une coloration brunâtre au verre, la fusion des matières premières est plus difficile. Aussi tente-t-on de pallier ce problème par l’adjonction de nouveaux fondants (Grandjean, 1987 : 13). En 1674, le chimiste Georges Ravenscroft obtient un brevet pour la fabrication d’un type particulier de verre cristalin ressemblant au cristal de roche, n’ayant été ni produit ni utilisé jusque-là dans le royaume. Obtenue grâce à l’adjonction d’oxyde de plomb, cette matière correspond à ce que nous appelons aujourd’hui cristal (Barois & Mouclier, 1994 : 89). Dans un premier temps cependant, ses qualités sont contestées. De nouvelles expérimentations et l'augmentation de la quantité d'oxyde de plomb permettront de parfaire le produit jusqu'à ce qu'il atteigne, dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, une renommée internationale. Après le règne du verre de Venise, puis celui de la Bohême, c’est ce cristal anglais que l’on cherche partout à imiter. La France y parvient à la veille de la Révolution. En 1782 en effet, l’Académie royale des Sciences reconnaît les Verreries Royales de Saint-Louis comme étant les premières sur le continent à produire un cristal de qualité comparable à celui d’Angleterre.
A noter également le développement considérable de la gobeleterie au cours du XVIIIe siècle. Si à la fin du siècle précédent, les verres ne faisaient pas encore partie des ornements habituels des tables, un seul verre étant généralement utilisé tour à tour par l’ensemble des convives, trois tailles courantes - petits, moyens et grands - sont bientôt à distinguer. Rapidement aussi, leurs formes vont être adaptées au liquide qu’ils sont destinés à recevoir (Barrelet, 1953 : 112-116). Nul doute que cette conquête de la table par le verre a eu des incidences positives sur la production et a contribué au développement des verreries spécialisées en gobeleterie.
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