Le secteur verre et cristal, crises récurrentes et nécessaires adaptations

Véronique Brumm


- Une succession de modes et de foyers importants
- Le verre aussi connaît sa révolution industrielle
- Une règle d’or : s’adapter ou disparaître
- Des solutions pour résoudre la crise

- Des amulettes aux vitraux : une diversification des productions
- Une succession de modes et de foyers de production importants
- Une règle d’or : s’adapter ou disparaître
- Le verre aussi connaît sa révolution industrielle
- La pluralité des initiateurs de la patrimonialisation
- Les valeurs nouvelles associées à l’industrie du verre et du cristal
- Bibliographie
- Glossaire


Le verre aussi connaît sa révolution industrielle

Le XIXe siècle, siècle de la révolution industrielle, marque l’industrie du verre par l’importance des progrès techniques permettant l’organisation de productions massives. Si la production de bouteilles demeure largement manuelle, à partir de 1850 les tentatives de mécanisation s’accélèrent entraînant une augmentation considérable de la productivité, à tel point que Pascal Richet affirme qu’au XIXe siècle, les tonnages produits font de la fabrication des bouteilles une industrie lourde (Richet, 2000 : 84). Parmi les procédés favorisant l’accroissement des rendements : la mise au point en 1867 du premier four à fusion continue par Frédéric Siemens permettant également des économies de houille. A partir du dernier quart du XIXe siècle, les brevets d’invention pour des machines à fabriquer des bouteilles se multiplient. Au début du XXe siècle, M.J. Owens, un ancien ouvrier autodidacte, met au point un procédé entièrement automatique dont la capacité de production est de 102 000 bouteilles par 24 heures. En 1924 et 1928, un Anglais, Henri Ingle, obtient des brevets pour des machines à section individuelle - Individual Section machine - pour la production de bouteilles et de bocaux, dont le débit de la plus perfectionnée est de 720 000 bouteilles par 24 heures (Van den Bossche, 2001 : 25-26). Progressivement les petites verreries spécialisées dans les bouteilles vont disparaître, laissant la place à de grandes usines dotées d’équipements coûteux.

La bouteillerie n’est pas le seul secteur à connaître de grands bouleversements. En effet, bien que les serres et les orangeries soient devenues communes, et parfois de très grande taille comme en témoigne le fameux Cristal Palace de l’Exposition universelle de Londres en 1851, le souffle du verrier reste le seul moyen pour former les manchons qui seront ensuite déroulés pour former des vitres, et ce pratiquement jusqu’à l’Exposition universelle de Paris de 1889. Le soufflage à l’air comprimé qui voit le jour à la fin du XIXe siècle constitue donc un progrès considérable. Il est toutefois rapidement supplanté par de nouveaux procédés mis au point en Belgique et aux Etats-Unis : le verre est fondu dans de grands bassins où il est saisi par une sorte de peigne pour être directement étiré en feuilles, verticalement et horizontalement (Richet, 2000 : 90-91).

En 1881, Otto Schott entreprend une étude sur la composition du verre. Il parvient à incorporer vingt-huit éléments nouveaux qui, à des teneurs supérieures à 10%, modifient ses propriétés et sont sources de progrès dans des domaines aussi variés que l’optique, la thermométrie, l’éclairage, la verrerie de laboratoire ou les tubes à rayons X. C’est une véritable révolution chimique ; à chaque usage son verre ; l’influence de chaque élément sur les diverses propriétés physiques commençant à être connue, on peut envisager de prédire quelles compositions satisferont à des emplois donnés. Avec les nouveaux procédés de fabrication qui se multiplient au début du XXe siècle, le verre connaît plus de changements en quelques décennies qu’en trois millénaires (Idem : 87) !

Dans le domaine de la gobeleterie, les progrès paraissent moins spectaculaires. La mise au point et le développement de la technique du pressage favorisent toutefois la production en grande série d’objets de table. La technique inventée en 1827 par l’américain Enoch Robinson consiste à remplacer le souffle du verrier par un noyau plein en métal qui chasse la matière en fusion sur les parois en pénétrant dans le moule et y imprime ainsi les motifs (Sautot, 1993 : 22). Imitant les modèles traditionnels en cristal taillé, ces produits relativement bon marché remportent un vif succès, principalement en Angleterre et aux Etats-Unis (Grand dictionnaire encyclopédique Larousse : 10720). La production augmente de façon importante et les prix baissent considérablement, permettant à presque tout un chacun de s’offrir des verres (Holmèr). Cette avancée technique n’est pourtant jamais présentée comme ayant des conséquences négatives pour les grandes verreries ou cristalleries. Cette période, pour la France en tout cas, est même considérée comme une des plus florissantes. Il faut dire que l’enrichissement de la bourgeoisie et le réaménagement de Paris avec la construction d’immeubles et d’hôtels particuliers offrent à des entreprises comme Baccarat, Saint-Louis, Choisy-le-Roi ou encore Clichy, une nouvelle clientèle. Il est pourtant difficile d’imaginer que la mise au point des techniques de moulage par pressage n’ait pas eu d’impact sur ces entreprises qui subissent également la concurrence des verres colorés de Bohême (Sautot, 1993 : 28).

Il nous semble que si ces manufactures arrivent à tirer leur épingle du jeu, c’est parce qu’elles font preuve de réactivité et décident d’opter pour la nouvelle technique du pressage pour une partie de leurs productions (Idem : 23 ; Ingold, 1986 : 58), mais également d’autres innovations. Pour la taille par exemple, des tours mus par la force hydraulique sont adoptés (Sautot, 1993 : 22), comme plus tard le procédé de la gravure à l’acide, représentant une alternative moins chère que la gravure à la roue, décoration à nouveau à la mode sur les verres fins (Idem : 46). L’introduction des machines à décalotter dans les années 1870 permet, quant à elle, aux verreries, tout particulièrement celles spécialisées dans la fabrication de verres de table, d’augmenter considérablement leur productivité. En outre, la fin du XIXe siècle est marquée par de gros progrès techniques au niveau des fours. Ces nouvelles technologies révolutionnent l’industrie du verre. Pour faire face à la concurrence, les verreries et cristalleries vont également essayer de se distinguer en faisant preuve de créativité. Les modes se succèdent rapidement, telles celles de la verrerie fantaisie teintée dans la masse aux décors peints ou dorés, de la gobeleterie colorée à deux ou plusieurs couches. Filigranes et millefiori connaîtront également un vif succès, tout comme les opalines et les presse-papiers.

Fran°ais
English